La Suite d’Aladin de Carl
Nielsen regroupe les meilleurs numéros d’une musique de scène écrite pour
accompagner l’Aladdin d’Adam
Oehlenschläger. Le compositeur écrivit la majeure partie de la musique à
Skagen, au cours de l’été 1918. Cette œuvre capitale suit donc la Quatrième Symphonie, « Inextinguible ». Pourtant,
on ne peut imaginer plus dissemblable que ces deux pièces orchestrales. En
effet, là où l’Inextinguible est
inquiète et combattive, la Suite d’Aladin
est colorée et foisonnante. De fait, elle est constituée de mouvements très
pittoresques aux rythmes entraînants. Les richesses de l’orchestration et la
recherche de timbres nouveaux ajoutent à cette splendide évocation d’un Orient
purement imaginaire voire fantasmé. Car nulle volonté de réalisme ethnologique
ici : le seul souci de Nielsen
était – bien plus que l’authenticité – le plaisir du spectateur. Il y a merveilleusement
réussi, grâce à son inventivité et son sens de l’exotisme. Tant et si bien que
c’est l’une de ses œuvres les plus populaires (il put même l’entendre sur son
lit de mort, à l’occasion lors d’un concert radiodiffusé).
![]() |
Carl Nielsen en 1919, un an après la composition d'Aladin |
Brève description de la suite :
Une Marche orientale pleine
d’allant ouvre la suite, nous donnant à contempler les splendeurs de Bagdad,
que rehaussent les tambours et les cymbales. Sur le plan musical, ce tableau
épique dépasse la simple évocation d’une fête au palais du sultan. En effet,
l’on y perçoit des dissonances et des modulations inattendues…
Nielsen enchaîne avec Les rêvesd’Aladin et la Danse dans la brume du Matin. Les songes du héros des Mille et Une Nuits sont représentés par
une courte et charmante section aux cordes, que suit une danse aérienne.
Celle-ci fait appel à de gracieux mélismes joués par les flûtes et les violons.
Un tambourin accentue le caractère dansant de ce morceau, tout en apportant une
touche de couleur locale. On pense forcément à la Danse arabe dans le Peer Gynt
d’Edvard Grieg.
Notée Andantino con moto, la Danse indienne qui suit est une pièce délicate et les bribes de mélodies qui
l’imprègnent ne sont pas rappeler quelque charmeur de serpents… L’entrelacs
sonore tissé par les cordes contribue aussi à une ambiance mystérieuse, preuve
de la fascination qu’éprouvait le compositeur pour l’Inde et ses fakirs.
On passe alors à un autre pays asiatique avec la Danse chinoise. Celle-ci se démarque par son instrumentation et sa
rythmique statiques, qu’égaient les voix mélodieuses des violons et des flûtes.
![]() |
Entre le Vieux et le Nouveau Caire, de Louis Comfort Tiffany (1848-1933) |
Nielsen enchaîne avec le passage le plus célèbre de la suite : La Place du marché à Ispahan. Ce morceau
superpose brillamment quatre idées musicales différentes, symboles de la vie
foisonnante et libre du marché oriental. Le compositeur décrivait cette section
en ces termes : « Conçue pour quatre petits orchestres, chacun jouant
dans ses propres tonalités et ses propres tempos ». Une musique
expérimentale donc, mais dont la maitrise prodigieuse et le pouvoir d’évocation
étonnent toujours.
Arrive la Danse des prisonniers.
Le changement d’atmosphère est brutal puisqu’il s’agit d’une page assez proche
des dernières symphonies de Nielsen, tout en dramatisme et en menaces. Le
rythme lourd, accentué par les timbales évoque peut-être la marche des
prisonniers. En tout cas, ses nombreuses répétitions et ses passages stridents
aux cordes dépeignent un tableau inquiétant et barbare.
Le compositeur conclut avec la Danse des nègres. Dès les premières mesures de cet exubérant Allegro, un court solo de timbales plante le décor d’une fête dans
un palais oriental. C’est alors qu’un véritable tourbillon sonore se déchaîne,
ne laissant aucun répit à l’auditeur. En effet, cette danse des Maures est
figurée par des accents énergiques et un rythme obstiné, quasi hypnotique. Sa
puissance, ses syncopes appuyées et son orchestration rutilante exacerbent
l’impression de dépaysement qu’elle dégage. Le morceau – et avec lui la suite –
s’achève dans un climat de joyeuse effervescence, sur quelques coups de
timbales.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire